Relaxation Profonde ActiveC’est un travail sur soi que d’accompagner l’autre, au plus juste pour lui.
Quelles sont alors les clés essentielles du thérapeute pour en arriver là ?

Je mets l’accent ici sur le déroulement d’une séance de Relaxation Profonde Active. De l’identification du signal corporel à la découverte du sens et l’émergence de la solution. Ce travail est précédé d’un travail de respiration, et de relaxation.
Les ressentis évoqués ci-dessous sont les sensations corporelles indiquées par le patient pendant la séance, à partir desquelles le sens et l’histoire vont apparaître. On peut imaginer que nous tirons peu à peu le fil d’une pelote de laine emmêlée. L’exemple ici n’est pas réel, c’est une illustration inspirée par le déroulement habituel des séances.

1-La lenteur
Aller tout doucement, un peu comme si tel un funambule vous marchez sur un fil. Poser questions après questions, comme on pose les pieds l’un après l’autre en reprenant l’équilibre entre deux pas. L’équilibre qu’on trouve alors est de s’assurer auprès du patient que le chemin suivi est juste pour lui. Pour cela il est nécessaire de l’interroger régulièrement.

« Si je vous dis cela, que ressentez-vous ? » Ou encore « Dans la situation que vous décrivez, il y a deux questionnements possible celui-ci ou celui-là, lequel est le bon pour vous ? » Dans cet état de relaxation profonde et d’écoute de ses sensations, le patient saura vous dire ce qui est prioritaire pour lui.

2-L’écoute absolue de tout
Les images qui viennent à l’esprit du patient sont les siennes et ne sont pas neutres. Souvent lorsqu’elles sont bizarres il me dit « qu’est-ce que je raconte, c’est absurde ».

Je réponds toujours que plus c’est absurde, plus c’est intéressant. Car justement c’est cette image qui vient à ce moment là, et son absurdité montre qu’elle n’est pas le fruit du raisonnement, mais bien d’une intuition d’une perception, hors du contrôle de la raison. Son émergence incongrue, même, prouve sa pertinence. Nous allons en découvrir ensemble le sens.

3-La résonnance
Parfois devant une situation il y a un silence. Pas seulement un silence des mots mais un silence des sensations.
Lorsque je demande « Où se situe dans votre corps ce que vous venez d’évoquer maintenant ? » soit la personne a une réponse, par exemple : « Au niveau de ma gorge, c’est serré ».
Soit la personne n’a pas de réponse. Nous sommes alors comme un chercheur d’or, à essayer de passer au peigne fin tous les possibles pour trouver Le possible qui va éclairer la situation et réveiller les sensations.

Devant ce silence des sensations du patient, j’interroge mes propres sensations et lui en propose l’accès.
Par exemple : « Vous ne ressentez rien, mais j’ai de mon côté une sensation au niveau de la gorge ».
Si vous êtes en bonne résonnance, la personne vous répondra par exemple : « ah oui moi aussi ».

On peut ensuite commencer à tirer ce fil, ce qui peut donner comme dialogue :
Thérapeute : Pouvez-vous me décrire alors comment est la sensation dans votre gorge ?
Patient : C’est lourd.
Thérapeute : Comment est ce lourd ? ou bien De quelle matière ? De quelle couleur ?
Il s’agit d’une question descriptive, et non interprétative.
Patient : Comme une balle de ping-pong remplie de plomb.

4-La recherche du sens
La sensation identifiée, la quête du sens commence. Nous cherchons alors ce à quoi cette curieuse balle de ping-pong en plomb peut se référer.

Thérapeute : Avez-vous déjà vu une balle de ping-pong de ce genre ? Ou bien  Avez-vous déjà joué au ping-pong ?
Patient : Oui j’ai beaucoup joué au ping-pong chez mon grand-père.
Thérapeute : Avez-vous un souvenir particulier de ces moments chez votre grand-père ?
Patient : Oui un jour il y a eu un tournoi et mon cousin a été déclaré vainqueur alors qu’il avait triché.
Nous pouvons alors poursuivre l’investigation sur ce que l’enfant que le patient était au moment de cet épisode a ressenti, et d’autres situations qui lui viennent à l’esprit en se rappelant celle-ci.

Emerge alors le sentiment d’injustice, ou de vulnérabilité ou encore d’impuissance etc… L’émotion peut aussi submerger le patient.
L’expression de ces émotions, des liens qui y sont associés, l’éveil d’autres sensations apportent déjà un apaisement.
Et si vous interrogez alors le patient sur « Comment est la boule de ping-pong maintenant ? », elle est en général beaucoup moins lourde, voire plus lourde du tout.
Le sens émerge alors à travers ce souvenir : la sensation dans la gorge, dans ce cas présent, parle de ces émotions, ces déceptions et les sentiments qui y sont rattachés.

5-L’identification du besoin
L’identification du traumatisme, de la blessure, permet ensuite d’accéder au processus de résolution. Le thérapeute interroge alors

« De quoi auriez vous eu besoin à ce moment-là ? ».

C’est essentiel de demander à la personne de quoi elle aurait eu besoin sans lui imposer une solution soi-disant bonne pour elle, qui serait un abus de pouvoir la dépossédant une fois encore du vécu lié à la situation traumatisante évoquée.
C’est elle seule qui peut savoir son besoin, et c’est uniquement la réponse à ce besoin qui apportera le réconfort.
Chacune aura un besoin différent selon son histoire et sa sensibilité.

Dans cet exemple, certains auraient eu besoin que la tricherie soit dénoncée, d’autres auraient eu besoin d’être consolés, d’autres auraient eu besoin d’être reconnus gagnants…

6-L’action apaisante
Certes le patient est devenu un adulte, l’histoire est ancienne, mais si elle émerge à partir d’une sensation corporelle, cela signifie que le problème n’est pas résolu.
Finalement la douleur est encore présente, comme tapie derrière des considérations sur le fait que c’est une histoire ancienne, assez secondaire, sur laquelle il n’est pas nécessaire de s’arrêter… Mais cela signifie surtout que les émotions qui y sont rattachées continuent d’agir sur le comportement de la personne.

Plusieurs modes de résolutions peuvent alors être proposés : en tant qu’adulte, prendre soin de l’enfant que l’on était à ce moment là, par exemple en le consolant, en reconnaissant que ce qu’il a alors vécu n’était pas juste, en le rassurant…
Ou bien s’il y a eu une injustice dans l’arbitrage, rendre symboliquement à l’adulte qui a l’époque a été à l’origine de cette injustice (le grand-père, l’oncle, la mère…) la subjectivité de son jugement. Le patient peut s’imaginer redonner à l’autre ce qui l’a blessé afin de ne plus en porter la responsabilité.

7-La validation
Au fur et à mesure du processus, et en particulier à la fin de celui-ci, j’interroge toujours le patient sur le devenir de la sensation initiale : « Comment est maintenant la sensation de balle de ping-pong lourde ? » Ou bien « Comment est la sensation dans la gorge ? »

Lorsque la quête de sens, l’identification du besoin et l’action apaisante ont été justes pour la personne, la balle de ping-pong de mon exemple, sera soit moins lourde, soit complètement disparue, soit différente, ouvrant la porte à une autre investigation.
Généralement chaque sensation amène son lot de souvenirs, et d’émotions complexes, qui, résolues, laissent la place à l’apaisement.

Les Résultats obtenus
Dans la situation qui m’a poussée à écrire cet article le travail était complexe, et les situations douloureuses nombreuses. J’ai pu dire à mon client que mon soucis était de l’accompagner à apaiser suffisamment ses émotions intérieures pour qu’il puisse en toute liberté prendre la décision qui lui convenait. Ce qui est effectivement arrivé. Je n’ai en aucun cas commencé à argumenter avec lui des avantages et inconvénients de telle ou telle option. Il y a eu l’émergence d’une solution prioritaire, une fois que les enjeux affectifs divers et dont certains prenaient leur source dans de très anciennes situations ont été identifiés.

Cette façon de travailler réorganise le souvenir et le traitement des émotions associées. Je pense même qu’il y a une réorganisation des traces mémorielles, qui se manifeste à travers de manifestations corporelles chez la personne : gargouillis, mains qui chauffent, bâillements. Aussi surprenantes soient ces manifestations elles se sont toujours révélées être la preuve du mouvement en cours d’action pendant la séance. Mouvement qui se poursuit en dehors de ce temps de séance. La personne est active, ce qui la replace au centre de son vécu lui redonne de la liberté et de l’autonomie.

Dans d’autres situations les effets ressentis seront plus ou moins perceptibles tout en étant réels : changement dans le mode de relation avec l’entourage, baisse ou disparition de l’anxiété, sommeil retrouvé, réorganisation du système familial, réouverture de dialogues, baisse de l’agressivité, reprise de confiance en soi …

Il s’agit d’élucider et de soigner des traumatismes qui telles de petites pierre discrètes plombent les poches de la personne, l’empêchant d’avancer.

Enfin, avoir connaissance de la possibilité de ce processus vous permettra d’accorder plus d’importance à vos ressentis corporelles, que ce soit pour vous-même ou pour vos patients.

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