4 étapes incontournables pour aider des personnes victimes de harcèlement

4 étapes incontournables pour aider des personnes victimes de harcèlement

harcèlementLe harcèlement est un thème récurrent d’articles et de discussions. Il est à prendre au sérieux au même titre que de la maltraitance.
Sa gravité n’est pas liée à la gravité des actes posés. Ceux-ci sont généralement anodins, mais à leur fréquence et à leur répétition dans la durée. C’est parce que ces actes sont anodins qu’il est difficile de les arrêter car difficile de les punir quand ils sont pris isolément.

Lorsque je travaille avec des personnes victimes de harcèlement, il y a plusieurs étapes incontournables :

1. Identifier en quoi ces actions apparemment bénignes sont du harcèlement.
2. Assurer la sécurité de la personne ; en l’invitant à s’écarter des personnes toxiques, ou en faisant intervenir des adultes lorsque les actions se passent dans le cadre scolaire.
3. Apprendre à la personne à se faire respecter en posant des limites et en les affirmer ces limites.
4. Aider à reconstruire son estime d’elle-même, en reprenant conscience de ce qu’elle est , de ce qu’elle aime faire, de ses talents propres, afin de pouvoir de présenter à l’autre consolidée par cette assurance intime.

Aucune de ces étapes n’est simple à mettre en œuvre, et chacune présente une urgence propre.

1. Identifier

Identifier qu’il s’agit bien de harcèlement, c’est aussi prendre conscience de sa propre vulnérabilité. Admettre que l’autre peut ne pas vous aimer, quand bien même rien de concret ne le justifie.
Le risque est alors d’atteindre plus profondément la confiance en soi. Ou bien de bloquer la personne dans une situation de victime.

2. Assurer la sécurité des personnes

Assurer la sécurité des personnes en intervenant est délicat. Un harceleur ne souhaite pas se reconnaitre comme tel. Il est pris dans un système pervers de négation des souffrances de sa victime. Se reconnaitre lui-même comme harceleur revient à voir en lui son côté noir, et à atteindre sa propre confiance en lui-même, voire à se confronter à ce qu’il n’aime pas en lui. Impossible.

Il va donc réagir non pas par l’excuse, mais par la négation des faits, voire par la surenchère. Il va donc reprocher à la victime sa « susceptibilité », le fait de l’avoir « dénoncé » le fait d’être « faible » etc…

  • Dans le cas de harcèlement au collège ou au lycée, seule la fermeté des adultes peut faire stopper le harcèlement.
  • Dans le cas d’un harcèlement au travail, la situation est encore plus délicate car il y a des enjeux de management, de carrière, ou juste de possibilité de maintenir une activité professionnelle.
  • Il existe aussi des situations de harcèlement dans le cas de la séparation de couples. Il y a un harcèlement direct : envoi de messages, d’insultes, multiplication des procédures juridiques… Il y a aussi un harcèlement plus subtil, mais tout autant dévastateur, en accusant l’autre de ce que l’on fait soi-même, en diffamant son ex-conjoint, il y a création d’un vide autour de lui, qui constitue une forme subtile de harcèlement.

>> Dans le cas d’un harcèlement au collège il n’est pas rare que ce soit la victime qui finisse par quitter l’établissement. Notamment si l’autorité représentée par les adultes n’a pas mis les limites nécessaires. Un enfant ou un jeune en construction est a priori capable de modifier son comportement si les limites sont posées.

> Dans les deux autres cas c’est aussi une autorité supérieure qui devrait intervenir, bien qu’elle soit plus difficile à définir ou à mettre en œuvre que dans l’exemple du collège (supérieur hiérarchique, ressources humaines, ou bien justice).

Cependant, le harceleur étant souvent le plus habile verbalement, c’est souvent une fois de plus la victime qui s’efface. D’où l’importance d’accompagner la personne à se faire respecter par elle-même.

3. Apprendre à la personne à se faire respecter

Apprendre à la personne harcelée à se faire respecter, et retrouver l’estime de soi, relève généralement d’un travail psychothérapeutique, mais le rôle des proches est essentiel.
Pour mettre des limites il faut reconnaître où sont ses limites. Et ce qui généralement est une des plus grandes difficultés des victimes de harcèlement. Soit par manque initial de confiance en elle, soir par ignorance, soit parce que leur naturel aimable et ouvert les empêche de discerner l’excès, elles se laissent emmener à une sorte de point de non-retour où il devient extrêmement difficile pour elles de poser le stop qu’il est nécessaire de poser.

Au-delà de l’accompagnement psychologique, la personne a besoin de ses proches pour l’aider à discerner qui elle est, et en quoi son avis est important.La force des harceleurs est puisée dans la faiblesse de la victime. Bien souvent ils s’emparent de la place que la victime leur laisse, à son insu.Il s’emparent aussi de la tendance de la victime à vouloir faire plaisir, ou bien à rechercher la paix par le silence, hors « qui ne dit mot consent ». La seule réponse possible est une affirmation de soi, qui vient de sa propre légitimité retrouvée à ne pas se laisser faire, et à comprendre que sans cela, l’autre ne s’arrêtera pas. On est pas harcelé car on n’a pas de valeur, on est harcelé car l’autre est dans la recherche de pouvoir, et d’estime de lui-même puisée dans l’écrasement d’autrui et l’affirmation d’une fausse identité, mais reconnue par le groupe.

Plus la personne se démarque du groupe, en revanche, plus elle risque de se faire ennuyée par celui qui est déstabilisé par son originalité, et la force de caractère que présuppose cette autonomie. Généralement les personnes qui se font harcelées ignorent que leur force, leur identité propre est la source de cette agressivité, et croient au contraire qu’elles ne sont pas à la hauteur, et recherchent donc une reconnaissance que l’autre n’a pas l’intention de leur donner. Il faut apprendre à s’aimer soi-même…

Accepter d’interroger les processus de harcèlement est accepter que tout le monde n’est pas dans la bienveillance et dans le respect des identités de chacun, c’est aussi accepter le vide identitaire de personnes qui ne survivent psychiquement que dans des relations de conflits. La victime doit alors accepter l’idée, je devrai dire en premier lieu, concevoir, que le conflit généré par l’autre n’est en aucun cas lié à elles-même, mais est juste le besoin vital de l’autre d’exister par et pour le conflit, voire la victimisation.Elles sont la cibles d’une antipathie créée de toute pièce par une personne frustrée , et généralement frustrée d’elle-même. D’où la complexité pour mettre fin à ce conflit.

Le travail thérapeutique consiste à éclairer les enjeux psychiques des uns et des autres, à faire accepter à la personne harcelée qu’elle n’est pas responsable de l’agressivité de l’autre, qu’elle ne doit pas en attendre un changement d’attitude pour que le choses bougent, mais mettre en place les réponses adaptée qui feront bouger les choses : Désintérêt pour l’autre, capacité à ne pas se laisser envahir et à ruminer face à chaque attaque, création d’une distance émotionnelle, et d’une distance émotionnelle énoncée (voir par exemple la vidéo « Ces mots là je te le rends« ). Refuser de prendre à sa charge les collages identitaires négatifs que l’autre assigne (« tu es nul », « tu es moche », « personne ne s’intéresse à toi », « tout mon malheur vient de toi », « tu ne t’y prends pas bien », « tu ne sais rien faire »…. )

Se faire respecter de l’autre, passe par se respecter soi-même, identifier que l’on est digne de respect.

4. Aider à reconstruire

Pour aider votre enfant à retrouver sa légitimité, il y a une posture à prendre : Dans le moindre des actions de la vie, poser la question « qu’en penses-tu » « quel est ton avis » « que préfères-tu ? » tous ces petits moments réapprennent à la personne à se réaffirmer. C’est parfois très laborieux car justement la confiance en son identité est mise à mal, mais c’est nécessaire.

Poser un stop pour la personne harcelée, c’est aussi prendre le risque dans un premier temps d’une agressivité plus forte. Il n’y a pas de règle immuable car cela dépend des personnes en jeu. Généralement le harceleur va venir tester la solidité de celui qui « ose » d’un seul coup de rebiffer.

Utiliser un vocabulaire fort, parler fortement, accompagner son « ça suffit » d’une posture physique qui affirme et non qui quémande le respect nécessite d’apprendre à le faire, mais aussi de se sentir légitime pour le faire.

Ce qui est compliqué c’est aussi que cette affirmation de soi entraîne un risque de solitude encore plus fort.

Finalement le groupe a peur du faible, car le faible renvoie à chaque membre du groupe sa propre faiblesse. Alors le groupe laisse le harcelé seul, et n’aime pas quand celui-ci en dénonçant les faits dont il est victime induit qu’il n’a pas été aidé par les autres. C’est en cela qu’il y a une perversion des réactions de chacun et finalement un avilissement à celui qui semble le plus fort, même s’il tient sa force d’actes objectivement répréhensibles. Hors dans une situation de harcèlement ce n’est pas du tout l’objectivité qui domine mais la subjectivité et l’émotion.

Le rôle des proches est aussi d’être un soutien sans faille dans ce stress que la personne vit, dans la reconnaissance de sa détresse et dans la reconnaissance de sa légitimité à vivre autre chose.

>> Les femmes battues décrivent bien leur impossibilité à penser qu’elles ne devraient pas vivre autre chose, lorsqu’elles expliquent que si elles ont subi telle ou telle violence, elles en étaient certainement responsables d’une manière ou d’une autre.

>> Les lycéens victimes de harcèlement sont capables de tenir le même genre de discours.

>> Les séparations de couple, il faut parfois une dose immense d’agressivité du conjoint dominateur pour que le conjoint dominé finisse par réagir. Et même dans ce cas là ce n’est pas toujours très évident, sa réaction peut prendre des moyens détournés qui permettent encore au conjoint dominateur d’affirmer son bon droit. Et d’être approuvé pour cela par le groupe.

Les effets du harcèlement sont terribles et profonds sur l’estime de soi, et créent une véritable vulnérabilité. Je pense en écrivant ces lignes à une jeune personne qui était prise dans une relation amoureuse déséquilibrée. Elle n’a pu retrouver de la distance dans cette relation, qu’après une séance extrêmement éprouvante durant laquelle nous sommes revenues sur le harcèlement dont elle avait été victime 3 ans auparavant. En réalité elle en avait gardé inconsciemment l’idée qu’elle devait se soumettre au désir de l’autre, car elle n’était pas intéressante, l’autre lui faisait donc un cadeau inestimable en s’intéressant à elle. Dans cette situation qui s’est heureusement bien finie, cette personne se mettait à la merci de l’autre dans la relation.Son ami n’était pas malhonnêtes, et n’a donc pas été malhonnête avec elle. En tant que thérapeute je ne comprenais pas pourquoi malgré un travail assez poussé, la situation sur cette relation pourtant terminée restait bloquée, je ne comprenais pas pour quoi cette personne n’arrivait pas à se considérer par elle-même dans ce couple, et dans toutes ses projections sur le « couple idéal ». C’est à partir du moment où par un travail psychocorporel elle a symboliquement rendu à ses anciens harceleurs leurs remarques dévalorisantes, qu’elle a pu restaurer son estime d’elle-même et rétablir un équilibre satisfaisant dans ses attentes vis-à-vis des autres.

Le meilleur service que l’on peut rendre à ses enfants pour les prémunir de ce type de prise de pouvoir pour eux est de renforcer leur légitimité d’êtres pensants, existants, ayant le droit à leur place dans le monde. Cela va à l’encontre des injonctions telles de « sois sage », « fais toi oublier », au profit de « quelle est ton opinion » « qu’est ce qui compte pour toi »…

Et si on se soignait à distance ? Et si on soignait à distance ?

Et si on se soignait à distance ? Et si on soignait à distance ?

soin à distanceLe cœur de l’annuaire de Soignants dans le Monde est de permettre de faire connaitre des professionnels qui travaillent en ligne, lorsque leur spécialité le permet.

Les professionnels qui n’ont pas eu à s’interroger sur ces possibilités, notamment car ils n’en ont pas eu besoin, sont souvent très réfractaires, voire très virulents à cet égard. J’ai pu lire par exemple, « on ne peut pas faire de thérapies à distance, juste du soutien ». Et pourtant j’expérimente au quotidien, les possibilités du travail thérapeutique à distance.

J’évoque les thérapies, mais ce travail à distance se multiplie dans de nombreuses spécialités. Je pense que ce mouvement, assez restreint au départ va se démultiplier encore et encore, dans des spécialités de plus en plus larges. De plus en plus de propositions sont faites dans ce domaine : suivis médicaux, suivis orthophoniques, suivis thérapeutiques.

Dès 2009 la loi de Réforme de l’hôpital définissait la télémédecine (Loi n° 2009-879 du 21 juillet 2009 article 78 et art. L. 6316-1 du code de santé publique), puis en 2010 un décret (Décret n° 2010-514 du 18 mai 2010 ) rendait obligatoire l’élaboration de programmes régionaux de télémédecine. Comme pour toute nouveauté, le sérieux des prestataires devrait être le premier critère de choix d’un suivi. En effet, certaines propositions surfant sur cette nouvelle vague, sont parfois inquiétantes.

1. Cela pose cependant des questions : qui, quoi, comment…

L’activité à distance répond aux besoins de personnes expatriées, mais aussi de personnes ayant peu de ressources dans leur environnement immédiat. Cette disposition permet ainsi de créer du choix, l’utilisateur peut abandonner le critère géographique au profit de l’adéquation entre son besoin et la spécialité du professionnel.

Nous avons donc réfléchi à ces points lors de la première rencontre en ligne de professionnels présents dans l’annuaire de Soignants dans le Monde, avec le projet d’enrichir nos pratiques, et de confronter les limites que nous y rencontrions éventuellement. Cinq professions étaient représentées : accompagnement à l’allaitement, accompagnement à la maternité, hypnose, coaching, psychothérapie.

D’un point de vue plus pratique, ce mode de travail permet une meilleure souplesse d’horaire, précieuse à plusieurs titres : gain de temps, possibilité de poursuivre les rendez-vous malgré des emplois du temps chargé, temps consacré exclusivement à la consultation, sans temps d’attente et de trajet à prévoir.

Accessoirement de mode de travail est économique, le parent à la maison qui n’a pas à faire garder ses enfants pendant son rendez-vous, ou à faire garder les autres enfants pendant le rendez-vous de l’un d’eux. Une personne qui travaille à temps plein n’a pas besoin de poser une journée de congés pour son rendez-vous.

Lorsque les personnes ont du mal à se déplacer, cette offre à distance permet qu’il y ait un suivi. Nombreux sont les cas où les accompagnements sont abandonnés car trop difficiles à organiser matériellement.

Ce protocole permet aussi une sécurisation pour des personnes extrêmement anxieuses qui se sentent mieux chez elle. Ne plus être exposé à cette peur, libère un espace psychique qui permet de travailler sur la source de leurs difficultés.

D’aucuns diront qu’il y a un risque de déshumanisation des soins, par l’absence de contact humain réel. Ceux sont des éléments à prendre en considération pour des personnes très isolées. Je ne prône pas le travail à distance à tous prix, mais il présente une alternative possible qui a aussi des avantages.

2. Les questions sur le fond

L’investissement du patient, comme l’investissement du thérapeute ne sont pas liées à ce cadre.

Je travaille personnellement de la même façon en ligne ou en présentiel.

J’ai vu passer un sondage qui disait vouloir évaluer la différence d’investissement des psychologues dans un travail en présentiel ou à distance. Cette étude malgré son nom ne portait pas à mon avis pas sur la variation induite ou non par l’activité en ligne dans l’investissement du thérapeute. Elle portait sur quelque chose de beaucoup plus intime, la distance que le thérapeute plaçait entre lui et son patient, sa posture propre : une distance symbolique et non technique.

Les pratiques comme les attentes des bénéficiaires, sont à adapter.

Afin de préserver un environnement qui définit bien le temps de séance comme un espace thérapeutique, j’indique à mes clients comment s’organiser, et comment organiser l’espace de leurs enfants lorsque ces derniers sont les bénéficiaires.

Il m’est arrivé de proposer l’annulation de la session au dernier moment, si les circonstances ne permettaient pas au patient de profiter du temps de la consultation (enfant malade, par exemple). Cette situation reste rare car les personnes ont à cœur de préserver leur séance, et que le format « à domicile » rend les aménagements plus faciles à faire.

Cependant, il est bien évident que l’accompagnement par un médecin ou par une sage-femme ne pourra pas être tout à fait le même en l’absence de possibilité d’auscultation.

Pouvoir référer à d’autres professionnels en cas de nécessité est essentiel. 

Une autre limite concerne la gravité des situations rencontrées. Je n’accepte pas d’accompagner des personnes dont la situation nécessite la prescription de médicaments. Je refuse aussi de suivre des personnes qui, même sans médications, me semblent top fragiles, pour que je prenne le risque de n’avoir aucun contact avec leur environnement immédiat, en cas d’aggravation de leur état. Il n’est pas toujours facile de discerner dès les premiers contacts les risques de décompensation des personnes.

3.Les questions sur la forme

La question de la confidentialité est parfois posée par le patient lui-même.

Et quoi qu’il en soit c’est un point que j’aborde aussi systématiquement. De même que je ne partage avec personne ni le nom de ceux que je vois en présentiel, ni le contenu des entretiens, je ne partage pas ces informations pour les accompagnements en ligne. Il n’y a pas non plus d’enregistrement des séances. En revanche le travail en ligne me permet une prise de note fluide, que je ne peux effectuer en présentiel.

La question du mode de paiement.

Il existe de multiples solutions au même titre qu’il existe de multiples solutions en présentiel : logiciel de paiement en ligne, pré paiement par virement ou par chèque. Le choix va dépendre de chacun, je suis personnellement assez souple, peut-être car je n’ai pas eu de mauvaises surprises. Je trouve que la confiance est la base de la relation, a fortiori la relation en ligne.

Certains professionnels demandent à être payés à l’avance. De mon côté je propose des virements au fur et à mesure de la poursuite des séances.

La question des annulations (au même titre qu’en présentiel d’ailleurs).

Et au même titre que cela se passe en présentiel, chaque professionnel va suivre la méthode qui lui convient, voici quelques possibilités :

  • La méthode la plus radicale : se faire payer auparavant en indiquant que le rendez-vous sera dû, à moins d’être annulé sous telle ou telle condition.
  • Une approche plus souple : Accepter de reporter la séance sans demander de règlement.
  • Une approche plus résignée : supporter 😉

Je dis bien « résigné » car c’est une source de frustration, le professionnel se met à la disposition de son client. Il préserve son agenda pour cette personne, arrête l’activité qu’il faisait pour être disponible au moment convenu. C’est une réalité que la personne qui ne se présente pas au rendez-vous ne se représente pas toujours. Dans le cas du travail à distance, comme du travail à domicile, parfois, l’imaginaire du client ne se raccroche pas à la réalité d’un bureau, pouvant donner l’impression que les chose se passent hors d’un champ professionnel.

Qu’en est-il alors du paiement dans le cas d’une annulation pour un RDV en ligne ?

Là aussi chacun établit les règles qui lui conviennent, et se doit d’en informer son client. Je suis de mon côté super tolérante sur ce sujet, considérant qu’il y a une réciprocité : je laisse à mes clients la souplesse dont j’ai aussi besoin dans l’organisation de mon agenda. Il faut un nombre significatif d’annulation de dernière minute pour que je demande le paiement de l’une d’entre elles. Les annulations en cours de suivi, ont un sens. Elles font partie de l’appropriation du cadre thérapeutique par le client. Les faire payer purement et simplement n’est pas une réponse suffisante.

La question des RDV gratuits

En revanche, j’ai renoncé à proposer des rendez-vous de contact gratuit, précédent un engagement pour cette raison, il y a eu trop de rendez-vous non honorés, j’ai donc choisi de proposer un rendez-vous payable à l’avance, qui peut être unique ou intégré au forfait choisi.

Dans le déroulement des séances

Dans la pratique, on nous apprend à adapter nos réponses à des situations rendues plus complexes par la distance. Dans le cas de séance d’orthophonie, là où les professionnels pouvaient sortir leur matériel au fur et à mesure des besoins, une anticipation précise est nécessaire. J’utilise beaucoup le dessin soit en terme de production par l’enfant, soit comme un moyen de représenter les situations psychiques décodées. L’envoi de photo, l’ajustement de la position de la feuille de papier devant la caméra, viennent pallier à cette particularité de la distance.

Le silence et la distance

Un des participant à notre échange soulignait la particularité des silences à distance, ces silences qui ont un sens, qui donnent du temps au client de cheminer, que l’on peut être tenté de combler à tort. J’aurai pu évoquer les très rares fois où devant le désarroi de mes patients j’ai pu avoir un geste de réconfort envers eux. Ceux sont des béquilles auxquelles la distance ne permet pas de se raccrocher, la distance nous oblige à élaborer davantage notre pratique.

La question technique

Parfois la technique s’emmêle (ou s’en mêle 😉 ), et nous oblige à reporter, interrompre pour reprendre la séance, se déplacer… Ceux sont des situations acceptées par celui qui s’engage dans un travail à distance. D’autres personnes pourront refuser ce travail à distance qui les insécurise. Il n’y a pas de jugement à porter, juste la réalité de chacun à accueillir.

Ces pratiques continuent, et continueront de poser questions, de générer enthousiasme ou opposition. L’essentiel est de n’imposer à personne le moyen qu’il peut utiliser, ni de refuser d’emblée un système. J’ai été touchée par un enfant qui me disait « j’aime bien le travail par Skype, au moins je n’ai pas peur comme quand j’allais voir une dame dans son bureau ». Les critères de chacun sont différents.

L’expérience de celles avec qui nous avons échangé sur ce sujet, indique en tous cas l’efficacité de cette approche, au même titre que des rendez-vous en présentiel !!!

Véronic Martignac, hypnose

Véronic Martignac, hypnose

Une nouvelle rubrique, dans le blog de Soignants dans le Monde : L’interview des professionnels présents dans le Réseau.

Aujourd’hui, Véronic Martignac est interviewée par ma partenaire de communication, Caroline Dubois-Legast de What color is your communication, elle nous parle de sa pratique de l’hypnose.

L’Hypnose Ericksonienne est déclarée médecine complémentaire et n’est plus seulement une médecine alternative, elle tient une place importante car c’est une thérapie brève, douce, efficace pour un retour à la santé, au bien-être, à Soi. L’Hypnose Ericksonienne n’est ni sommeil ni éveil, c’est un état de conscience modifiée proche de celui de la méditation ou du rêve éveillé. Après une phase de détente pour désactiver le mental, place à l’induction et ses métaphores qui guident l’inconscient à trouver lui-même les solutions aux problèmes. On ouvre la porte à l’imaginaire et ici commence le voyage au cœur de soi, comme une mise à jour de soi, car il s’agit de reconstruire le pont qui relie à nos ressources personnelles, sans chimie et très rapidement.

Véronic partage avec nous son expérience d’experte en Hypnose Ericksonnienne, avec les multiples situations pour lesquelles elle a pu accompagner les personnes qui la sollicitent : Tabac, difficultés alimentaires, dépression, troubles anxieux, addiction, énurésie, deuils, troubles sexuels …

Une approche toute en douceur qui vise à libérer des situations a priori bloquées.

Vous pouvez aussi en savoir plus sur Veronic en consultant sa présentation dans l’annuaire de Soignants dans le Monde.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les 7 étapes clés dans l’utilisation de la méthode de Relaxation Profonde Active

Les 7 étapes clés dans l’utilisation de la méthode de Relaxation Profonde Active

Relaxation Profonde ActiveC’est un travail sur soi que d’accompagner l’autre, au plus juste pour lui.
Quelles sont alors les clés essentielles du thérapeute pour en arriver là ?

Je mets l’accent ici sur le déroulement d’une séance de Relaxation Profonde Active. De l’identification du signal corporel à la découverte du sens et l’émergence de la solution. Ce travail est précédé d’un travail de respiration, et de relaxation.
Les ressentis évoqués ci-dessous sont les sensations corporelles indiquées par le patient pendant la séance, à partir desquelles le sens et l’histoire vont apparaître. On peut imaginer que nous tirons peu à peu le fil d’une pelote de laine emmêlée. L’exemple ici n’est pas réel, c’est une illustration inspirée par le déroulement habituel des séances.

1-La lenteur
Aller tout doucement, un peu comme si tel un funambule vous marchez sur un fil. Poser questions après questions, comme on pose les pieds l’un après l’autre en reprenant l’équilibre entre deux pas. L’équilibre qu’on trouve alors est de s’assurer auprès du patient que le chemin suivi est juste pour lui. Pour cela il est nécessaire de l’interroger régulièrement.

« Si je vous dis cela, que ressentez-vous ? » Ou encore « Dans la situation que vous décrivez, il y a deux questionnements possible celui-ci ou celui-là, lequel est le bon pour vous ? » Dans cet état de relaxation profonde et d’écoute de ses sensations, le patient saura vous dire ce qui est prioritaire pour lui.

2-L’écoute absolue de tout
Les images qui viennent à l’esprit du patient sont les siennes et ne sont pas neutres. Souvent lorsqu’elles sont bizarres il me dit « qu’est-ce que je raconte, c’est absurde ».

Je réponds toujours que plus c’est absurde, plus c’est intéressant. Car justement c’est cette image qui vient à ce moment là, et son absurdité montre qu’elle n’est pas le fruit du raisonnement, mais bien d’une intuition d’une perception, hors du contrôle de la raison. Son émergence incongrue, même, prouve sa pertinence. Nous allons en découvrir ensemble le sens.

3-La résonnance
Parfois devant une situation il y a un silence. Pas seulement un silence des mots mais un silence des sensations.
Lorsque je demande « Où se situe dans votre corps ce que vous venez d’évoquer maintenant ? » soit la personne a une réponse, par exemple : « Au niveau de ma gorge, c’est serré ».
Soit la personne n’a pas de réponse. Nous sommes alors comme un chercheur d’or, à essayer de passer au peigne fin tous les possibles pour trouver Le possible qui va éclairer la situation et réveiller les sensations.

Devant ce silence des sensations du patient, j’interroge mes propres sensations et lui en propose l’accès.
Par exemple : « Vous ne ressentez rien, mais j’ai de mon côté une sensation au niveau de la gorge ».
Si vous êtes en bonne résonnance, la personne vous répondra par exemple : « ah oui moi aussi ».

On peut ensuite commencer à tirer ce fil, ce qui peut donner comme dialogue :
Thérapeute : Pouvez-vous me décrire alors comment est la sensation dans votre gorge ?
Patient : C’est lourd.
Thérapeute : Comment est ce lourd ? ou bien De quelle matière ? De quelle couleur ?
Il s’agit d’une question descriptive, et non interprétative.
Patient : Comme une balle de ping-pong remplie de plomb.

4-La recherche du sens
La sensation identifiée, la quête du sens commence. Nous cherchons alors ce à quoi cette curieuse balle de ping-pong en plomb peut se référer.

Thérapeute : Avez-vous déjà vu une balle de ping-pong de ce genre ? Ou bien  Avez-vous déjà joué au ping-pong ?
Patient : Oui j’ai beaucoup joué au ping-pong chez mon grand-père.
Thérapeute : Avez-vous un souvenir particulier de ces moments chez votre grand-père ?
Patient : Oui un jour il y a eu un tournoi et mon cousin a été déclaré vainqueur alors qu’il avait triché.
Nous pouvons alors poursuivre l’investigation sur ce que l’enfant que le patient était au moment de cet épisode a ressenti, et d’autres situations qui lui viennent à l’esprit en se rappelant celle-ci.

Emerge alors le sentiment d’injustice, ou de vulnérabilité ou encore d’impuissance etc… L’émotion peut aussi submerger le patient.
L’expression de ces émotions, des liens qui y sont associés, l’éveil d’autres sensations apportent déjà un apaisement.
Et si vous interrogez alors le patient sur « Comment est la boule de ping-pong maintenant ? », elle est en général beaucoup moins lourde, voire plus lourde du tout.
Le sens émerge alors à travers ce souvenir : la sensation dans la gorge, dans ce cas présent, parle de ces émotions, ces déceptions et les sentiments qui y sont rattachés.

5-L’identification du besoin
L’identification du traumatisme, de la blessure, permet ensuite d’accéder au processus de résolution. Le thérapeute interroge alors

« De quoi auriez vous eu besoin à ce moment-là ? ».

C’est essentiel de demander à la personne de quoi elle aurait eu besoin sans lui imposer une solution soi-disant bonne pour elle, qui serait un abus de pouvoir la dépossédant une fois encore du vécu lié à la situation traumatisante évoquée.
C’est elle seule qui peut savoir son besoin, et c’est uniquement la réponse à ce besoin qui apportera le réconfort.
Chacune aura un besoin différent selon son histoire et sa sensibilité.

Dans cet exemple, certains auraient eu besoin que la tricherie soit dénoncée, d’autres auraient eu besoin d’être consolés, d’autres auraient eu besoin d’être reconnus gagnants…

6-L’action apaisante
Certes le patient est devenu un adulte, l’histoire est ancienne, mais si elle émerge à partir d’une sensation corporelle, cela signifie que le problème n’est pas résolu.
Finalement la douleur est encore présente, comme tapie derrière des considérations sur le fait que c’est une histoire ancienne, assez secondaire, sur laquelle il n’est pas nécessaire de s’arrêter… Mais cela signifie surtout que les émotions qui y sont rattachées continuent d’agir sur le comportement de la personne.

Plusieurs modes de résolutions peuvent alors être proposés : en tant qu’adulte, prendre soin de l’enfant que l’on était à ce moment là, par exemple en le consolant, en reconnaissant que ce qu’il a alors vécu n’était pas juste, en le rassurant…
Ou bien s’il y a eu une injustice dans l’arbitrage, rendre symboliquement à l’adulte qui a l’époque a été à l’origine de cette injustice (le grand-père, l’oncle, la mère…) la subjectivité de son jugement. Le patient peut s’imaginer redonner à l’autre ce qui l’a blessé afin de ne plus en porter la responsabilité.

7-La validation
Au fur et à mesure du processus, et en particulier à la fin de celui-ci, j’interroge toujours le patient sur le devenir de la sensation initiale : « Comment est maintenant la sensation de balle de ping-pong lourde ? » Ou bien « Comment est la sensation dans la gorge ? »

Lorsque la quête de sens, l’identification du besoin et l’action apaisante ont été justes pour la personne, la balle de ping-pong de mon exemple, sera soit moins lourde, soit complètement disparue, soit différente, ouvrant la porte à une autre investigation.
Généralement chaque sensation amène son lot de souvenirs, et d’émotions complexes, qui, résolues, laissent la place à l’apaisement.

Les Résultats obtenus
Dans la situation qui m’a poussée à écrire cet article le travail était complexe, et les situations douloureuses nombreuses. J’ai pu dire à mon client que mon soucis était de l’accompagner à apaiser suffisamment ses émotions intérieures pour qu’il puisse en toute liberté prendre la décision qui lui convenait. Ce qui est effectivement arrivé. Je n’ai en aucun cas commencé à argumenter avec lui des avantages et inconvénients de telle ou telle option. Il y a eu l’émergence d’une solution prioritaire, une fois que les enjeux affectifs divers et dont certains prenaient leur source dans de très anciennes situations ont été identifiés.

Cette façon de travailler réorganise le souvenir et le traitement des émotions associées. Je pense même qu’il y a une réorganisation des traces mémorielles, qui se manifeste à travers de manifestations corporelles chez la personne : gargouillis, mains qui chauffent, bâillements. Aussi surprenantes soient ces manifestations elles se sont toujours révélées être la preuve du mouvement en cours d’action pendant la séance. Mouvement qui se poursuit en dehors de ce temps de séance. La personne est active, ce qui la replace au centre de son vécu lui redonne de la liberté et de l’autonomie.

Dans d’autres situations les effets ressentis seront plus ou moins perceptibles tout en étant réels : changement dans le mode de relation avec l’entourage, baisse ou disparition de l’anxiété, sommeil retrouvé, réorganisation du système familial, réouverture de dialogues, baisse de l’agressivité, reprise de confiance en soi …

Il s’agit d’élucider et de soigner des traumatismes qui telles de petites pierre discrètes plombent les poches de la personne, l’empêchant d’avancer.

Enfin, avoir connaissance de la possibilité de ce processus vous permettra d’accorder plus d’importance à vos ressentis corporelles, que ce soit pour vous-même ou pour vos patients.

Thérapeutes, quel processus favoriser dans l’accompagnement de personnes endeuillées.

Thérapeutes, quel processus favoriser dans l’accompagnement de personnes endeuillées.

deuilLe deuil, et la présence restante

 

La posture personnelle à adopter pour surmonter un deuil.

Il y a longtemps que j’ai envie de partager mon expérience de thérapeute sur le processus de deuil. L’exercice me semble difficile car je ne voudrais en aucun cas blesser des ceux d’entre vous qui ont perdu des personnes qui leur étaient chères et vivent cette perte dans la douleur. J’ai souvent eu le sentiment que ce que j’avais à dire sur le deuil allait à l’encontre de ce que l’on a coutume d’entendre. C’est en cela que partager mon expérience de l’accompagnement du deuil chez des personnes peut déranger ceux qui en ont une autre expérience.

Le deuil est une souffrance de l’intime. Se mêlent à travers lui la relation à l’autre, la relation à la vie, la spiritualité, la foi. Il est donc difficile d’en parler dans une généralisation.

Nombreuses sont les personnes qui ont perdu un être cher et peuvent dire « il est encore plus présent » « je lui parle tout le temps » « il est là »… Décrivant ainsi le dialogue intérieur qu’elles ont avec la personne défunte. C’est ici qu’avec délicatesse j’ai envie de vous proposer une autre façon d’envisager cet après. J’ai réalisé avec le travail corporel que je propose à mes patients à quel point nous étions énergie. L’énergie de nos vies qui traduisent nos êtres. La personne défunte a été énergie et est encore énergie. Lui parler la solliciter, revient à garder un peu ou beaucoup de son énergie en nous, ou à proximité.

Garder cette énergie en nous reflète une erreur d’identification entre le souvenir, l’amour et la présence.

Une personne en vie, ne peut impunément garder cette énergie en elle. Impunément, c’est à dire sans effet délétère sur elle. Garder en soi l’intimité de cette énergie, traduite par ce dialogue qui permet de percevoir intuitivement des réponses, l’idée que c’est bien lui qui répond, entraîne un frein à sa propre vitalité.

Nous ne pouvons pas vivre pour deux, trois ou quatre, sans attenter à notre autonomie vitale. Et la question se pose alors de la légitimité de la situation.

Vivre en proximité avec une personne défunte, entraîne une moins grande disponibilité aux personnes réellement présentes autour de soi.

Finalement il est question ici d’accepter de laisser l’autre partir.

La confusion est celle-ci « si j’accepte qu’il parte, alors j’accepte qu’il soit mort, si j’accepte qu’il soit mort alors je ne l’aime plus ou pas ou pas assez. »

Mon intuition est que l’ultime amour est d’accepter que l’autre ait fini sa vie. Et d’accepter qu’il s’éloigne.

J’ai lu il y a très longtemps un livre qui m’a beaucoup marquée, et dont le sens m’est apparu peu à peu. Une maman y raconte la fin de vie de son fils, atteint suite à une transfusion sanguine, du SIDA, à un moment où le lien entre l’un et l’autre n’était pas encore très connu. Ce livre s’intitule « Va vers la lumière mon fils » (Chris Oyler). Ce qui m’avait marqué dans cette fin c’est le moment où la maman autorise son fils à partir, en le rassurant sa propre force pour survivre à ce drame, à cette injustice du destin. Je crois que tout est dit dans cette phrase sur le laisser partir.

J’ai souvent travaillé avec des personnes qui avaient perdu des proches, et apparaissait en évidence au cours de ce travail qu’il fallait pour qu’elles aillent mieux qu’elles acceptent de laisser partir ces proches. Et que ces proches acceptent de partir.

Je sais que cela est difficile à percevoir, cependant c’est essentiel pour trouver plus d’unité en soi et que cela soit plus juste pour soi.

Les situations auxquelles je fais référence sont variées : deuil de conjoint, mais aussi deuil de petit enfant, deuil de grands-parents, deuil de jumeau en prénatal, deuil de fœtus. J’ai été la première surprise de découvrir cette dimension si particulière de la présence restante, qui empêchait à la personne d’investir sa propre vie ; et ce n’est que peu à peu que j’en ai pris la mesure. Dans mon travail, j’invite alors les personnes qui y sont prêtes à visualiser le départ de cet autre vers la lumière. Ou vers l’au-delà, ou vers le lieu de ceux qui sont décédés. Chacun appelant ce lieu en référence à sa spiritualité, sa religion ou sa non-religion, à sa manière.

Le moyen pour y arriver est d’accepter de vivre avec le souvenir glorieux de l’autre, amoureux, mais sans sa présence.

Une femme à qui je proposais ce chemin, a eu l’expérience suivante. Elle avait perdu son papa très jeune. Elle avait aussi perdu un bébé 15 ans auparavant. J’essaie ici de partager son expérience de façon authentique sans la bafouer par manque de rigueur, je ne peux partager que ce que j’ai compris de ce qu’elle vivait. Je l’ai donc invitée à envoyer vers la lumière, ou dans le lieu le plus représentatif pour elle, son papa et sa petite fille. Une séance suivante elle a pu me dire. « Concernant papa c’est comme si en faisant cette visualisation, je le ramenai à son humanité, son état d’homme, et non plus de héros figé ».

A propos de sa petite fille elle a pu me partager plusieurs séances après qu’elle n’avait pas pu imaginer cet envol. Mais que aujourd’hui elle en était capable, elle comprenait de façon entière et sans arrière pensée, sans juste le désir de me « faire plaisir » (désir sans intérêt en thérapie, même s’il est parfois présent), la signification, la réalité, l’incorporation de laisser partir la présence énergie en la différenciant de l’amour, le souvenir, l’émotion.

En ce qui concerne le deuil de son papa en laissant partir celui-ci elle s’est remise émotionnellement en mouvement. Non pas qu’elle ne vivait pas d’émotion, mais quelque chose de son fonctionnement était figé, tenu en laisse par le mélange de peine de culpabilité de douleur, tenu en laisse par le rôle qui lui était alors incombé petite fille, priée de prendre soin de sa mère veuve, en faisant taire sa propre peine.

En ce qui concerne sa petite fille elle a ainsi libéré une place de disponibilité pour ses enfants présents et un bébé qui allait bientôt naître.

Faire le deuil, vivre un deuil

« Faire le deuil » j’ai toujours été heurtée par cette expression, « j’ai fait mon deuil » « je ne peux pas faire mon deuil »… Il y a des raccourcis dans cette phrase reprise en boucle dans les médias qui nie la douleur viscérale. Car l’énergie de l’autre est bien cachée dans les viscères, surtout lorsqu’il s’agit d’un père, d’une mère ou d’un enfant. Il n’est pas question ici de « faire » il est question  de « vivre » un deuil. De le traverser dans une réalité autant psychique que corporel. Il est question d’aller à l’encontre de l’angoisse humaine de disparition.

Il y a un autre versant au deuil qui est encore moins connu. Le deuil de sa vie pour celui qui est décédé. La forme visible de l’iceberg, ceux sont les testaments qui indiquent non pas seulement ce qui est donné à qui, mais ce que le destinataire du bien doit en faire.  Des personnes sont ainsi en souffrance de ces legs matériels ou immatériels qui leurs sont faits, et dont il est difficile de se libérer. Car là aussi il y a confusion entre « aimer l’autre » et « être soi ». Comme si on ne pouvait montrer son amour à l’autre qu’en étant annihilé à ses paroles et ses désirs. Dans ces situations les personnes en souffrances sont envahies par une culpabilité collante. Leur raison leur dit « que rien ne les oblige à vivre comme un tel le souhaitait, étant donné qu’il n’est plus là ». Mais à leur « raison défendante », ils ne peuvent faire autrement. Mon hypothèse est alors que le réseau d’énergie de la personne décédée est encore extrêmement puissant autour d’eux ou en eux. On ne peut combattre ce réseau qu’en invitant notre corps à laisser émerger la forme que cette énergie prend et à travailler symboliquement dessus. Mettre des mots, créera du sens permettra une certaine prise de distance mais ne sera pas toujours suffisant.

Le but n’est pas tant de faire le contraire de ce qui leur a été indiqué, mais de faire les choses en liberté par soi et pour soi.

Ce réseau puissant entraine parfois aussi la personne survivante à adopter, bien malgré elle,  les comportements de la personne décédée : langage, accès de colère, tendance à boire… Je pense que pour sortir de cette spirale se faire aider par un tiers est nécessaire.

La fidélité à la personne décédée ne devrait pas avoir d’impact aussi fort sur ceux qui sont encore là. Finalement un deuil non abouti, crée une tension un regret, qui peut être perçu comme une valorisation du « statut de mort » pour des personnes plus jeunes, ou en construction. C’est une hypothèse mais il m’est arrivé plusieurs fois en suivant des adolescents en difficultés, de ressentir ce lien indicible entre leur tendance dépressive, et le deuil non accepté dans la famille de la mort brutale d’un de leur grand parent. Dans ces situations le traumatisme de cette brutalité était tel qu’il planait encore plusieurs années après dans l’émotion familiale.  Est-ce qu’en allant plus loin nous aurions pu dire que cela créait chez elles une fascination, le fantasme d’être davantage aimé lorsqu’on était parti ? Ou bien une sorte d’indifférenciation émotionnelle entre la mort et la vie ? C’est une réflexion que je vous partage car il est important d’en prendre conscience lorsque l’on est parent. Et de réaliser aussi en quoi il est important de se donner les moyens de traverser un deuil le plus sereinement possible, par amour aussi pour les vivants. C’est aussi en réaction à cela que je pense que garder la présence du disparu « trop » présente en plaçant des photos partout par exemple, peut-être un frein pour se réinscrire dans le mouvement de la vie.

Dans une autre situation j’ai pu rencontrer des personnes qui portaient en elle un deuil nié à la génération au-dessus. Comme si nier la réalité de sa peine entraînait un transfers de cette peine chez une autre personne de la lignée. Dans cette situation l’émotion de tristesse était très forte, et il a été difficile pour cette personne de pouvoir évoqué la personne décédée, qu’elle n’avait pourtant pas connue, sans être en pleurs.

Toujours dans le respect de la personne endeuillée, osez, osons, l’encourager à reconnaître et accueillir sa peine puis symboliser intérieurement le départ de la personne décédée dans un lieu qui lui est inaccessible. C’est une inscription dans la vie et dans l’avenir et un signe ultime d’amour.

Pin It on Pinterest