changer pour évoluerOu pourquoi changer pour évoluer…

« J’ai 10 ans, je demande à ma mère, comme tous les soirs, si je peux regarder mon émission fétiche à la télévision.
Ma mère me demande, comme tous les soirs, si j’ai fait mes devoirs.
Ma réponse est encore non.
La sienne aussi.
J’hurle et je tape du pied.

J’ai 14 ans, je hurle que je veux regarder la télévision… La réponse est non ; je pars en claquant la porte.

J’ai 25 ans je souhaite changer de job. On me dit non. Je renonce.

J’ai 45 ans, ma fille souhaite regarder la télévision.
Je lui demande si elle a fait ses devoirs
Elle me dit non.
Je propose que l’on trouve un compromis. »

1. Les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Donc si l’on souhaite changer les effets, il faut changer les causes. CQFD

Si l’on considère que la plus forte capacité de changement vient de l’adulte. Il ne reste plus qu’à.

Mais pour enclencher ce changement l’adulte doit le vouloir, le pouvoir, le comprendre, l’accepter.

Tout cela demande de la capacité d’adaptation.

Pour pouvoir accepter de changer, il faut avant tout avoir confiance en soi.
Why ? Qui accepterait de changer quelque chose de sa vie s’il avait une défaillance identitaire tellement forte,  qu’il aurait peur de se perdre en acceptant un compromis.

Ou bien pour pouvoir accepter de changer il ne faut pas avoir trop de confiance en soi.
Why ? Qui accepterait de s’abaisser à adapter son attitude à celle d’autrui, cet autrui « inférieur » qui en sait moins que lui.

Pour pouvoir s’adapter il faut aussi abandonner le fantasme de pouvoir agir pour l’autre.

Si un enfant pose toujours la même demande, et que vous lui imposez toujours la même réponse, il n’y a pas beaucoup d’évolution possible.

Trop d’autorité peut aussi brider l’énergie vitale, l’élan, ce qui permet d’être créateur de sa propre vie. Trop d’autorité peut aussi entraîner une baisse de confiance en soi, (illustrée ci-dessus,  avec cet abandon de changement professionnel à l’âge adulte).

Pas assez de fermeté crée un espace de liberté ou tout devient possible avec comme risque d’être anxiogène.

L’enfant a terriblement besoin de la confiance en leur propre choix de ses parents pour les percevoir comme sécurisant. Chaque fois que vous perdez patience, vous engendrez, à votre corps défendant, de l’insécurité, avec comme effet délétère, un comportement encore plus capricieux et provocateur de votre enfant. Celui-ci est en recherche de sécurité, et le meilleur moyen de tester la sécurité est de tester la fermeté bienveillante des parents. Cela peut paraitre complexe et contradictoire, pourtant c’est assez logique : En testant les limites que vous posez l’enfant (ou l’adolescent) teste votre assurance et votre confiance dans ces limites. Il expérimente donc votre solidité, cette fameuse solidité sur laquelle il pourra s’appuyer en cas de difficulté majeure. L’effet est bénéfique si la fermeté est donnée dans le calme.

2. Il incombe aux parents de mêler à leurs exigences une capacité à entendre les besoins de l’enfant, et à être créateurs d’autres réponses.

Ou comment sortir de schémas trop simplistes et répétitifs.

Il en est de même pour tous les aspects de la vie. Chacune de vos attitudes est enregistrée inconsciemment dans le « disque dur » qui constitue la base de réactions à ce que la vie vous renverra.

  • Si vous avez l’habitude de perdre patience devant les contrariétés de la vie, votre enfant emmagasinera que l’énervement est une réponse adéquate à la frustration.
  • Si vous lui dites que ses résultats sont insuffisants il en déduira que lui-même est insuffisant.
  • En réalité ces insuffisances que vous voyez chez lui sont le reflet de vos peurs, mais l’enfant ou l’adolescent n’est pas capable de le comprendre.
  • Si vous trouvez ses résultats scolaires insuffisants, demandez-lui de quoi il aurait besoin pour les améliorer.
  • Si vous souhaitez que votre enfant apprenne la conciliation, montrez-lui ce qu’est une conciliation.
  • Si vous voulez qu’il devienne un adulte responsable, apprenez-lui à prendre des responsabilités, mais à la hauteur de son âge.
  • Si vous voulez qu’il ait un esprit critique, acceptez qu’il exerce aussi celui-ci à l’égard de ce que vous lui demandez de faire.
  • Si vous voulez qu’il soit créatif, laissez-lui l’espace pour l’être.
  • Si vous voulez encore ci et encore ça, il faudra cependant à un moment vous demander si vous ne voulez pas un peu trop de choses, et si vous n’êtes pas en train de trop projeter de vos envies sur lui 🙂

Comme je l’ai écrit dans des articles précédents, je connais bien la pression que notre système scolaire et étudiant crée sur chacun, je sais donc bien à quel point le rôle du parent est délicat et se joue dans un équilibre difficile entre le respect du rythme de l’enfant et la réalité sociale.

Vos paroles ont beaucoup plus d’impact sur lui qu’il ne vous le montre, et sa sensibilité à votre regard sur lui est juste immense (quoiqu’il en dise).

Changer la réponse revient ici à sortir du jugement pour arriver au pourquoi et au comment, soit à la création d’une nouvelle voie. Abandonner la colère, au profit de la recherche de sens.

Pour vous donner un exemple concret : au lieu de dire « arrête de crier »,

  • Demandez-lui calmement pourquoi il crie.
  • Ou bien demandez-lui de dire la même chose en utilisant un ton en dessous, jusqu’à arriver à une intonation de voix qui permette le dialogue.
  • Sachez aussi reconnaitre ce qui tient de la situation présente ou ce qui est le reflet d’événements passés : donnez alors du sens à ces émotions « je crois que tu es très énervé car tu es déçu par ton score en foot ».
  • Cela s’appelle du méta langage : Parler sur la situation, au lieu de répondre au premier degré. Vous lui donnerez l’occasion d’une prise de conscience et ouvrirez un dialogue salvateur.
  • Ou enfin si vous vous sentez prêt(e) à perdre patience, quittez a pièce le temps de prendre du recul.

3. Ces éléments qui font monter la tension

Le stress du parent

Soyez le plus créatif possible dans vos réponses, en laissant de côté votre stress qui est généralement avant tout le reflet de vos inquiétudes sur son avenir ou de vos frustrations  (de ne pas avoir été plus loin dans vos études, pas plus aidé par vos parents, moins ouvert au monde, et sans éducation musicale ou sportive, et que de fait il ne soit pas comme vous auriez aimé, ou comme vous avez été… )  Votre enfant est un être différent de vous qui agira différemment, c’est une évidence, pourtant on l’oublie souvent.

La culpabilité parentale

Il y a un autre frein qui intervient dans les relations entre parents et enfants, comme le contre-pied de ce que j’ai pu dire sur le trop d’exigence : la culpabilité : «le pauvre on lui a imposé un petit frère, un déménagement, un saut de classe, une éducation mixte, un rythme imposé par nos vies professionnelles… ».  A ceci près que tout ça constitue la vie. On peut aussi dire que cet enfant a eu la chance d’avoir une grande famille, du mouvement, une ouverture d’esprit.
Le problème de cette culpabilité est qu’elle empêche le parent de jouer son rôle d’éclaireur.
Du point de vue de l’enfant, et qui plus est de l’adolescent, cette culpabilité va devenir un excellent prétexte à faire n’importe quoi, et puis si l’on va plus loin dans l’analyse, il peut en conclure qu’il est objectif de dire qu’il est le plus malheureux de tous, et le plus brimé : Cela ne permet ni la conciliation ni la maturité.

La léthargie de l’enfant ou adolescent

Il y a un autre point qui est souvent source de difficultés parents-enfants, il s’agit de la léthargie de l’enfant (et plus souvent de l’adolescent). La cause de l’agacement est connue : la léthargie, mais la réponse comment la modifier ? D’autant plus difficile à admettre si l’on est prêt à inscrire son enfant à toute activité, à l’emmener partout… Et celui-ci ne s’empare de rien.

Le téléphone omni présent 

Redire tous les jours « fais autre chose que regarder ton téléphone », entraine donc des crispations voire des conflits. Dites-vous aussi que plus vous insisterez plus vous risquez de bloquer la situation. Car cela deviendra un enjeu de prise d’indépendance, à travers l’occasion de s’opposer à vous. C’est dur à dire mais parfois comme vous êtes des parents bienveillants, c’est un des seuls terrains ou le jeune peut s’opposer, sans risquer de trop perdre. Le problème de ces conflits répétitifs c’est qu’ils créent un climat de saturation, et lorsqu’il y a une raison de s’opposer plus sérieuse les adultes ont perdu prise.

Je n’ai pas de recette miracle sur le « trop de téléphone », disons déjà que si vos enfants sont jeunes vous gagnerez de la paix en mettant des règles tout de suite.

Et si non tâchez d’établir d’un commun d’accord des règles de fonctionnement en parlant de ce que vous ressentez «  je suis stressé de voir ton regard sur ton téléphone en permanence, j’ai l’impression que rien ne t’intéresse d’autre » « que pourrais-tu faire d’autre qui t’intéresserait »

« Je peux comprendre que ce soit une pause pour toi après les cours, mais peut-on convenir que… »

Prendre soin d’un enfant ne signifie pas tout accepter de lui, mais essayer de dépasser le premier niveau de communication pour donner du sens à ce qui se joue pour lui. Et pour ne pas se tromper le mieux est de lui demander : « De quoi aurais-tu besoin pour réussir cela ? » « De quoi as-tu envie ? » « Que ressens-tu ? » «  Comment peut-on faire pour ? »

Plus efficace que « tu dois », « il faut », « je veux ».

Les mêmes réponses entrainent les mêmes effets 😀

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