Ah, les vacances des expats… Vaste sujet qui anime les conversations à l’approche de l’été ! Rentre t-on ? Quand ? Combien de temps ? Chez qui ? Pour certains, c’est une période attendue, excitante ou ressourçante, quand pour d’autres, c’est un moment redouté, générateur d’obligations ou de frustrations. À chacun son expérience selon son contexte personnel et familial mais pour tous, c’est un moment marquant de l’année. Et s’il y a autant de style de séjours qu’il y a d’expats, savoir ce qui se joue lors des retrouvailles ou savoir s’organiser pour profiter d’instants reposants et paisibles en famille, c’est un réel atout !

Aude de Villeroché, psychologue française expatriée aux États-Unis, thérapeute et life coach pour Soignants dans le Monde* décrypte le sujet et partage des astuces pour des vacances réussies au pays de notre enfance !

Rentrer dans son pays pour les vacances, c’est souvent un chamboulement, pourquoi ?
L’attente du retour est souvent proportionnelle à la vie que l’on s’est créée dans son pays de résidence. Plus on est frustré en expatriation, plus on attend de l’été et plus on a trouvé un équilibre, plus on relativise ces congés ! Pour certains expatriés, l’enjeu est lié à leur situation familiale. Par exemple, dans le cadre d’une longue expatriation, c’est l’attachement des enfants à la culture française qui est en jeu et l’attente d’intégration est très forte. Ces attentes se couplent à celles des familles et amis sur place et le tout génère de nombreuses émotions : joie, envie, jalousie, rancœur etc.

Quand on a attendu ces vacances toute l’année, pourquoi tournent-elles parfois au vinaigre ?
Tout est lié à la nature des attentes réciproques. Est-ce que l’on est juste dans le plaisir de se voir et alors, il y a peu d’enjeu émotionnel, ou est-ce que l’on cherche à rattraper le temps perdu, ce qui peut créer des pressions et tensions car la famille attend que l’expatrié(e) soit complètement disponible. Parfois aussi, on rend tous les services que l’éloignement ne permet pas d’assurer le reste de l’année, auprès d’un parent vieillissant par exemple, et cela peut devenir pesant. En fait, si les attentes ne sont pas concordantes du côté des proches et du côté de l’expatrié, les écarts se creusent et des conflits peuvent survenir.

C’est dommage lorsque l’on ne s’est pas vus de l’année !
C’est un peu le phénomène du repas de Noël : on est réunis et on en profite pour se parler ! Mais ce n’est pas systématique et ça se passe souvent très bien ! C’est surtout lié au fonctionnement des familles. Je pense d’ailleurs qu’il y a de vieilles rancunes et des jeux de pouvoir qui ressortent lors de ces moments-là. Par exemple, en tant que mamie, s’angoisser de ce à quoi on renonce dans l’éducation de ses petits-enfants, peut être une question sensible. Je dirais que plus on « aime » l’autre (le « aime » avec des pincettes), plus on attend de lui et plus le conflit risque d’être grand.

Vivre chez ses proches durant le séjour ne facilite sûrement pas les choses ?
Le contexte matériel n’arrange en effet pas la situation. Rester chez les gens sur la longueur n’est pas évident. La fatigue, les enfants, les lits à faire, à défaire, les courses, les rythmes, sont des sujets qui favorisent les conflits. Si on a la possibilité de louer ailleurs et d’inviter, c’est idéal. Qui plus est, le couple et les enfants ont aussi besoin de se retrouver entre eux.

Et si l’on n’a pas cette possibilité ?
Cela représente à nouveau un budget et parfois de l’incompréhension, alors l’alternative, c’est de se ménager des temps pour soi et en cellule réduite. Juste deux heures de shopping avec sa fille peut suffire à créer l’équilibre sur quelques jours. Il faut oser se demander ce que l’on veut mettre en face de ses besoins et agir en conséquence.

Si la demande des proches est très forte, comment éviter que les vacances deviennent un marathon ?
En vacances, on a besoin de se poser, de se ressourcer et de trouver du confort, surtout quand la vie n’est pas facile là où nous sommes expatriés. L’essentiel, c’est donc de se respecter et d’aller à son rythme. Si la personne en face ne comprend pas que vous êtes à 5 heures de voiture de chez eux et que c’est compliqué, ça lui appartient à elle. Et ne perdons pas de vue que les frustrations peuvent aussi venir du côté de l’expat, lorsque les gens ne viennent pas à lui. C’est donc une question de responsabilités réciproques et chacun doit faire sa part.

Si on ne trouve pas d’accord, on l’exprime ?
La communication, c’est toujours bien, à condition que les gens puissent entendre. Tout le monde n’en est pas capable. C’est donc important d’assumer ses choix et de les exprimer de manière bienveillante. Et c’est aussi une question de durée de séjour : on a envie que cela se passe bien donc on met de l’eau dans son vin pour garder les bons moments et trouver des compromis !

Quel genre de compromis ?
Découper son temps entre les familles et les amis, rester sur place puis faire un voyage ailleurs par exemple. Il faut s’autoriser ce genre de choses et dans le fond, organiser ses vacances comme si nous n’étions pas expatriés !

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D’autant que ces congés créent parfois une rupture dans les projets de vie entamés en expatriation…
Faire une pause, parfois de deux mois, sur l’année, c’est très long ! Pour ceux qui ont lancé un projet, une entreprise, arrêter de travailler autant, c’est trop. Puis il y a deux poids deux mesures : le « conjoint-suiveur » partira souvent les deux mois et j’ai déjà entendu que ne travaillant pas dans l’année, il n’avait pas besoin de vacances… Il se retrouve alors à faire le programme en fonction des uns et des autres puis de celui qui travaille, qui le rejoint deux à trois semaines. Cela peut générer de la frustration.

Comment l’éviter ?
Le remède, c’est de faire de la place à chacun. Bien sûr qu’il faut tenir compte des enfants et de celui qui travaille durant l’année mais il faut s’écouter aussi. On tient le long terme avec des choses mises en place qui nous vont bien. Ça peut être d’amener les enfants chez leurs grands-parents pour partir travailler quelques jours, diviser son temps entre son pays natal et découvrir son pays d’accueil ou se ménager des plages horaires pour soi.

Y a-t-il d’autres sources de conflits dont il faut avoir conscience ?
Ce n’est pas général mais les calendriers peuvent créer des crispations. Quand on a un rythme fou et que l’on voit peu les gens par exemple. La personne expatriée peut aussi se montrer idéaliste sur ce qu’elle va retrouver et sur place, s’il n’y pas eu de grands changements, elle, a nécessairement changé, et ça peut créer des écarts importants.

Écarts qui se retrouvent dans les clichés dont les expatriés font souvent l’objet ! Que répondre à ceux qui les véhiculent ?
Tout dépend de l’interlocuteur ! Je pense qu’il faut dire les choses par petites touches. Pas pour parler de soi mais pour ne pas laisser penser que l’herbe est plus verte ailleurs. Les stéréotypes sont souvent loin de la réalité. Et puis parfois, ce n’est pas la peine de discuter et de perdre son temps dans des discussions sans fin… Vous pouvez aussi tenter une « réaction de psy » en leur retournant la question : « pourquoi pensent-ils ça ? »

Et à l’inverse, comment gérer certains comportements français qui interpellent ?
Si on a envie de passer des vacances agréables, il faut apprendre à laisser dire, à se taire, à être tolérant et à changer de sujet ! Les gens ne voient dans l’expatriation que l’exotisme. Ils ne voient pas le reste et c’est humain…

On a vite fait de comparer les habitudes, il ne vaut donc mieux pas trop en parler ?!
Passer ses journées à comparer les deux pays, c’est exaspérant alors autant éviter ! Mais c’est à vous de déterminer votre priorité : raconter votre réalité ou passer des moments plus légers. Tolérance et priorisation sont les clés de la réussite !

Y a-t-il justement des sujets ou comportements à éviter pour s’assurer la paix des échanges ?
Oui ! En tant qu’expat, il est fréquent d’être taxé d’arrogance alors vigilance sur ce point ! Ensuite, les discussions d’argent sont tendues car il y a un décalage entre ce que les gens imaginent être le train de vie de l’expat et ce qu’il est. Même si parfois, il est plus aisé, difficile de réaliser que la vie demande une énergie plus forte qu’en France et qu’elle est parfois plus chère. Enfin, le sujet des voyages peut créer de l’envie et celui des écoles implique de nombreux clichés et différents.

Découvre t-on ces connaissances avec les années d’expatriation ?
On apprend toujours d’une année sur l’autre. En général, la première année, on zigzague par exemple dans toute la France et puis en rentrant, on se dit souvent « plus jamais » !

Comment savoir si on fait le choix du bon séjour ?
Aller dans son pays, ce n’est pas une fin en soi ! Il faut y aller avec l’intention d’y faire quelque chose. Le bon curseur pour voir si le projet est juste, c’est de voir si l’on aurait choisi ces vacances sans être expatriés.

Mais si on se sent obligés de rentrer…
Si un proche est en mauvaise santé, bien sûr, on rentre dans la perspective d’être auprès de lui mais sinon, il faut se poser la question : « par quoi et qui est-on obligé de rentrer ? ». Et si on creuse, le chantage affectif n’est pas bien loin (l’affection se mesure alors à la présence), et souvent il existe depuis bien plus longtemps que la situation d’expatriation.

Du coup, certains se sentent coupables, comment gérer ce sentiment ?
Cela dépendra une fois de plus des familles mais pour se détacher de la culpabilité, il est utile d’élargir le radar à des questions comme : « qu’est-ce que mes parents attendent de moi ? Quelle liberté me laissent-ils de créer ma propre voie ? Suis-je si indépendant qu’en tant qu’adulte, je ne puisse pas faire mes choix ? » Déjà en faisant ça, vous retrouverez un peu de liberté.

Quels sont vos conseils pour se préparer au mieux et profiter pleinement des vacances sur place ?
1/ Anticiper ce que l’on veut vivre, c’est-à-dire identifier ses besoins et les respecter. Ainsi, on reste acteur de ses vacances.
2/ Une fois que les choses sont posées, il faut s’organiser en fonction. C’est une manière de rester responsable de ses choix et c’est la clé pour être dans la gestion de ce que l’on va vivre émotionnellement.
3/ Ne pas trop attendre des autres ou qu’ils comblent nos besoins.
4/ Ne pas trop charger le planning, on ne le répète jamais assez !

Avec ces conseils, de bonnes vacances sont-elles garanties ?
En règle générale, les vacances en France se passent bien ! Certains expatriés tiennent même toute l’année grâce à elles. Il y a des pays beaucoup plus difficiles que d’autres et ils ont besoin de ces retours pour se ressourcer. C’est aussi l’occasion de joyeuses retrouvailles culinaires et puis pour les enfants, la possibilité de ne pas se sentir « étranger » ou de revenir dans des lieux familiers. Ces conseils permettent simplement d’adopter une posture active et anticipatrice en vue de vacances réussies !

Merci Aude ! J’aurais tellement aimé savoir tout ça avant mon premier été de retour en France !

Merci à Pixabay pour ses photos libres de droit et à Aude de Villeroché pour son portrait et son intervention.

Posted by  | Juil 6, 2017 | 

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