Responsabiliser les enfants équitablement en prenant en considération leurs années de vie

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L'enfant à différents âges de la vie

Une maman discute avec une amie et lui donne des nouvelles de son enfant : « Eh bien tu sais que maintenant mon grand va à l’école ! » Un peu plus loin, cette amie rencontre quant à elle son cousin qui lui dit « Alors, comment vont tes petits ? »

Dans le premier cas, la maman parle de son « grand » qui a en réalité 4 ans. Dans le second cas, le cousin fait référence à des « petits » qui ont respectivement 14 et 12 ans. Cela vous fait sourire n’est-ce pas ?

La question se pose alors : à quel moment nos enfants cesseront-ils d’être « petits » ? Et quand nos aînés cesseront-ils d’être les « grands », habillés d’une si grande maturité ?

 

Le statut d’aîné : une position sur-responsabilisée dans la fratrie

Quand un enfant de 7 ans est l’aîné d’une fratrie de 4 enfants par exemple, il est courant que dès ses 2 ans et demi il soit sollicité pour aller chercher un biberon, ramasser un doudou, ou aider à la réalisation d’autres micro-tâches. Bien entendu, rien de grave à cela, bien au contraire !  Avoir un frère ou une sœur plus jeune aide souvent l’aîné à grandir.

Là où la situation se complique, c’est lorsqu’on demande à l’aîné d’agir « comme un grand » alors qu’il n’a que 3 ans. On lui demande d’avoir une maturité qu’il ne nous viendrait pas à l’idée d’exiger d’un enfant de 3 ans placé en dehors de ce contexte d’aîné. Il est courant de voir en consultation pédo-psychologique des enfants âgés de 9/10 ans qui pleurent beaucoup,  qui ont peur du noir, ou qui ont d’autres « petits » soucis d’enfants. Seulement leurs parents ne les considèrent pas comme tels les parents car l’enfant en question est l’aîné de la fratrie. Il n’y a aucune malveillance de la part des parents par rapport à ces situations, mais leur œil est juste modifié par la notion de « l’âge subjectif des enfants ».

Derrière ce terme d’âge subjectif, on entend le niveau de responsabilité qu’un parent attend d’un enfant, quand bien même il est encore objectivement jeune. Généralement, la prise de conscience se fait chez les parents quand leur dernier enfant a l’âge que l’aîné avait au moment de la naissance du second. Tout est question de comparatif. On peut alors entendre une mère s’exclamer et dire que « Quand mon premier enfant avait 5 ans, je lui demandais d’aller chercher son petit frère à la sortie de sa classe ! Il ne me viendrait plus aujourd’hui à l’idée de demander ce service à mon enfant de 5 ans ». Ou encore « Ma fille qui a 7 ans n’a jamais vidé le lave-vaisselle, pourtant au même âge il semblait normal que sa sœur aînée le fasse ». Cela ne se produit pas seulement dans les familles où les enfants ont des âges rapprochés, ni dans les familles nombreuses mais dans toutes les familles où l’enfant aîné va immanquablement faire figure de « grand », et ce, en dépit de son âge biologique.

 

Prendre conscience de cette attente trop importante qu’un parent peut avoir sur l’aîné ou les aînés en général, peut permettre de prévenir bien des frustrations, des larmes, des agacements, voire des colères de la part des enfants concernés. Cela permet d’accompagner au plus juste le développement de son enfant, sans lui prêter d’intentions malveillantes là où il n’en a pas. « Tu es grand, tu pourrais faire attention ! », voire « Tu fais exprès de ne pas mettre tes chaussures alors qu’on est en retard pour l’école ? » sont des interprétations de comportements attendus de la part de l’enfant, qui ne prennent pas en compte l’âge biologique de l’enfant/ses aptitudes selon son âge, mais uniquement son statut de « grand » par rapport aux autres enfants plus « petits » de la fratrie.  En effet, être « LE grand » ne veut pas dire « être grand ».

 

Ainsi, il convient aux parents de considérer que l’enfant qui est à l’école primaire est petit, qu’il peut donc agir « en petit », et être accompagné selon son âge et non par rapport à la différence d’âge qu’il a par rapport aux autres. Il est inutile pour les parents de s’agacer de ce qui semblerait normal qu’il fasse s’il avait un frère/une sœur plus âgé(e) que lui et de se rappeler que les enfants aussi grands qu’ils paraissent, sont petits.

 

L’aîné : la pression d’être le premier enfant du couple

Prenons un exemple : l’enfant aîné peut être amené à remplir des obligations et, flatté du rôle qui lui est implicitement donné, à avoir tendance à en prendre davantage à sa charge. Le parent, ravi d’être secondé, ne prend pas garde aux conséquences pour son enfant. Il ne réalise pas combien cet adolescent âgé de 16 ans, certes responsable et ayant accessoirement son permis de conduire (aux Etats-Unis c’est très répandu) n’a derrière lui que 16 années de vie :

– 16 années qui ne lui donnent pas encore l’expertise qu’un adulte peut avoir,

– 16 années qui ne lui permettent pas toujours d’avoir le recul suffisant dans des situations stressantes par exemple,

– 16 années qui n’en sont pas 25, mais qui, au regard des plus jeunes de 5 ou 6 ans paraissent représenter beaucoup de temps.

 

D’autre part, l’aîné est le premier enfant qui a transformé un couple en parents. Il a ouvert la voie à un nouveau statut ; il a aussi à ce moment-là cristallisé toutes les espérances et tous les rêves de ses parents. « Je t’apprendrai le foot, la musique, la gaieté, tu seras brillant à l’école, tu représenteras notre nom, notre histoire… ».

La pression est généralement beaucoup moins forte pour les enfants qui suivent. Le parent en sait un peu plus sur son rôle de parent. Il a peut-être abandonné certains idéaux en se confrontant à la réalité de l’esprit et de la personnalité en développement de son premier enfant. Les aînés se mettent parfois de façon très inconsciente une sacrée exigence pour être à l’image de la projection que leur parent a d’eux.

 

Dans les cas de séparation précoce des parents, l’enfant se retrouve presque considéré comme l’égal de l’adulte dans une relation de dualité qui engendre nécessairement des décisions communes ; là ou face à un couple parental uni, l’enfant aurait gardé son statut d’enfant. Une connivence toute spéciale se met alors en place, au risque de gommer les 25 ou 30 ans qui séparent l’enfant de son parent.

Avoir déjà conscience de cela est le premier pas pour rétablir certains équilibres entre les uns et les autres.

 

Les bonnes pratiques pour rester objectifs selon l’âge des enfants

Voici quelques astuces qui pourront vous redonner de l’objectivité pour considérer l’âge de vos enfants :

– rappelez-vous de l’âge auquel vous avez confié telle tâche à votre aîné, et faites la même chose pour les autres enfants.

– bannissez de votre vocabulaire : « Tu es l’aîné, à toi de faire attention », « Un grand ne pleure pas », et pire encore « Tu n’as pas honte d’avoir peur, ta petite sœur, elle, n’a pas peur »

– sortez du mauvais réflexe de culpabiliser votre enfant aîné si son frère/sa sœur plus jeune pleure et de l’en rendre responsable (les petits derniers sont très forts pour cela).

– responsabilisez chaque enfant à la hauteur de son âge.

– demandez à chacun de participer aux services du foyer, même si c’est plus lent avec l’un qu’avec l’autre.

– octroyez au plus grand de vos enfants un temps spécial plus long : aller ensemble à un spectacle, partager un moment de lecture, faire un jeu de société. Etre l’aîné doit présenter des avantages et pas seulement des inconvénients !

– si vous avez un doute sur ce qu’il convient de demander à votre aîné, regardez comment cela se passe dans une autre fratrie avec un enfant du même âge qui se situe au milieu ou qui est le plus jeune. C’est en général un très bon moyen de prendre conscience des choses. Si vous avez un doute sur ce qu’il convient de demander à votre plus jeune enfant, faites la même chose !

– regardez vos albums photos de « quand ils étaient petits », et vous verrez que votre aîné responsable de l’époque était en fait haut comme 3 pommes.

– remplacez le « il a 15 ans » par « il a 15 années de vie derrière lui », vous réaliserez que ce n’est pas tant que ça.

– lorsqu’il y a un groupe d’enfants (amis, cousins), parlez des « plus âgés» et des « plus jeunes » et non des « grands » et des « petits ».

L’important est d’être conscient de sa subjectivité, pour la modérer, et ajuster ses réactions face au comportement d’un enfant. Pour vous y aider, pensez à votre place dans votre fratrie et comment vous avez vécu la place qui était la vôtre et les conséquences que cela avait sur votre vie d’alors et sur votre vie actuelle.

 

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